21 Août 2008 - Société
L'Oregon demande à des malades de se faire euthanasier
Etats-Unis  |  Source : CPDH  |  Lu 1686 fois  |  61 votes
Un résident de l'Oregon s'est vu notifier par courrier le refus de la Caisse d'assurance maladie de lui rembourser ses dépenses de chimiothérapie. Il lui a, en revanche, été proposé de se faire euthanasier au frais de cet Etat fédéré.

L'administré est un malade de 53 ans, atteint d'un cancer avancé de la prostate. Ne disposant pas de mutuelle, il pensait bénéficier du plan d'assurance maladie de l'Etat. Mais les services administratifs de son comté l'ont informé du refus de prendre en charge une chimiothérapie trop onéreuse par rapport au sursis qu'elle permettrait.

D'autres malades du cancer ont reçu le même courrier qui se réfère aux directives prises en applications d'une loi(1) disposant qu'il faut avoir plus de 5% de chances de vivre encore au moins 5 ans. Ainsi une résidente atteinte d'un cancer du poumon avait appris qu'elle bénéficierait d'une couverture médicale concernant les soins et le confort si elle... choisissait le suicide assisté. En effet, quelques traitements ne sont pas remboursés alors que l'euthanasie qui est prise en charge par les caisses d'assurance maladie. Heureusement pour cette femme, une compagnie pharmaceutique lui a promis des médicaments gratuits.

Selon un avocat et auteur californien, ce système est hypocrite et ces propositions s'inscrivent dans la théorie des soins futiles qui trouve ses racines dans une prétendue compassion.

La loi dont procèdent ces directives est une loi issue d'un processus d'initiative populaire. En Oregon, les citoyens peuvent proposer des referenda et, en 1994, l'Oregon est devenu la première zone autorisant le suicide médicalement assisté, dans le monde(1)

Pourtant, cette loi se présentait comme équilibrée, laissant la liberté à chacun et encadrant strictement l'assistance au suicide. Ainsi, dans le cas où la lucidité d'un patient qui demande la mort est mise en doute, sa demande doit être examinée par un psychologue ou un psychiatre. Ces cas d'actualités sont pourtant bien loin de ce prétendu esprit de compassion et de contrôle : des malades qui ne veulent pas mourir sont enjoints d'en finir avec la vie. Certes ils peuvent refuser, mais alors leurs soins lourds et coûteux ne sont pas remboursés. Cela peut inciter un assuré à préférer la mort au bout d'un certain temps.

C'est bien là le problème du vote des lois sous le coup de l'émotion, notamment en matière de vie et de mort. La médiatisation de certaines souffrances amène les citoyens à conjurer la maladie en supprimant le malade par prétendue charité. Cette nouvelle « ère des bons sentiments » n'a rien à voir avec celle, prospère, du Président Monroe : il s'agit cette fois-ci d'une bonté qui cache en réalité de l'indifférence et de l'égoïsme. Une prétendue bonté qui sous-tendue par une vue réduisant la vie humaine à un état de confort plus ou moins acceptable amène à une décadence de plus en plus marquée. Ainsi, la vie n'a plus qu'une valeur marchande et le malade est prié de ne pas faire preuve d'égoïsme en refusant de mourir. Il lui est proposé, comble du cynisme, de mourir dans un certain confort remboursé par l'assurance maladie. Autrement dit, tout serait fait pour son bien et lui faciliter la mort. Cette précision semble servir à « humaniser » le meurtre et à délégitimer le refus du suicide assisté.

Il y a là une idéologie effrayante qui veut que l'individu, se résume à un consommateur matérialiste, et dont la conséquence est que le citoyen a des devoirs comptables envers sa cité. Si le sacrifice de sa vie pour défendre sa nation est respectable et admirable, se suicider pour ne pas être une bouche en trop pour la société est autre chose.

Les promoteurs de l'euthanasie aux Etats-Unis s'appuient sur deux points juridiques bien douteux : l'égalité des citoyens et leur liberté (2) issus d'une interprétation large des, respectivement, XVe, Ve et XIVe amendements. Selon eux, les malades incapables de se suicider ne sont pas dans une situation d'égalité avec ceux qui peuvent se supprimer. Mais la Cour suprême fédérale a cassé les arrêts de cour de l'Etat de New York et de celui d'une cour d'appel fédérale qui retenaient notamment ces arguments, par deux décisions, respectivement Vacco v. Quill et Washington v. Glucksberg. Ce n'est pas le rôle de l'Etat d'administrer ou d'autoriser l'euthanasie soi-disant pour compenser les inégalités. Si l'Etat ne réprime pas le suicide, il ne peut en revanche l'encourager. Sa mission est la préservation de la société et non sa suppression. Ouvrir la porte mènerait à autoriser dans tous les états fédérés ce qui se passe en Oregon : de facultatif, l'euthanasie deviendrait, dans de plus en plus de cas, quasiment obligatoire.

Néanmoins les promoteurs de l'euthanasie ne désarment pas, notamment dans les Etat Est et Ouest (Vermont, Maine, Californie) qui sont plus libéraux (sans compter Hawaii et le Michigan). On l'a vu dans le cas de celui de Terry Schiavo, cette femme dans le coma, euthanasiée sans l'avoir demandé. Les techniques sont les mêmes qu'en France et dans les autres pays occidentaux : surmédiatisation, manipulation des émotions et déformation de la vérité.

L'Oregon a été le théâtre de la fameuse chasse aux sorcières menée à Salem au XVIIe siècle. L'Etat deviendrait-il aujourd'hui celui de la chasse aux malades ? Pour faire écho à une étude menée dans 70 universités et qui révèle un assez fort pourcentage de tentatives de suicide, faut-il craindre un jour l'euthanasie des étudiants en Oregon qui souffriraient de pensées de suicide au motif que cela serait plus confortable pour eux ? Tout cela au nom d'une prétendue compassion...

Jean Degert
 
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