La Chine joue gros avec ces jeux Olympiques. Du 8 au 24 août, au moins 200 nations et 6 milliards de téléspectateurs auront les yeux braqués sur Pékin, sur les 16 000 athlètes en compétition (dont 323 Français). Les villes olympiques seront la grande vitrine d’un pays décomplexé, affirmant sa puissance démographique, sa richesse économique,l’originalité d’un modèle de développement, qui réussit à faire cohabiter l’étatisme communiste et le capitalisme. “Un monde, un rêve”, proclame la devise de ces Jeux. Vitrine des succès chinois, l’événement doit affirmer la puissance de Pékin. Sans états d’âme.
La Chine joue gros avec ces jeux Olympiques. Du 8 au 24 août, au moins 200 nations et 6 milliards de téléspectateurs auront les yeux braqués sur Pékin, sur les 16 000 athlètes en compétition (dont 323 Français). Les villes olympiques seront la grande vitrine d’un pays décomplexé, affirmant sa puissance démographique, sa richesse économique,l’originalité d’un modèle de développement, qui réussit à faire cohabiter l’étatisme communiste et le capitalisme.
Le régime chinois a orchestré avec minutie la mise en scène de ce rendezvous planétaire. Rien n’a été laissé au hasard.Les étrangers arrivés en Chine sont accueillis et accompagnés par une armée de près de un million de “volontaires urbains”, le sourire et la gestuelle calibrés, toujours prêts à rendre service (lire aussi page 8). Ils veilleront à ce que tout se passe bien.Ce sera assez facile avec les supporters chinois, mobilisés et encadrés par le Parti communiste. Ce sera sans doute plus difficile avec les Occidentaux.
La Chine a insisté sur le caractère strictement sportif des Jeux.Mais les choses se sont emballées. La politique est revenue au galop,avec des dossiers qui fâchent : les violations des droits de l’homme, la pollution, la corruption, le Tibet,Taiwan,le sort des minorités et des paysans, les restrictions des libertés appliquées aux étrangers. L’accès à Internet est sévèrement réglementé, contrairement aux engagements pris auprès du Comité international olympique.
Le régime explique cette sécurité renforcée et le quadrillage policier par les risques terroristes. Il évoque la série d’attentats commis en juillet dans le Yunnan (2 morts), à Canton et Wenzhou et en mai à Shanghai (3morts).Ce 4 août encore,des terroristes ont tué seize policiers dans le Xinjiang,l’Ouest musulman.Les bons présages divinatoires (le chiffre 8 est réputé porter bonheur) sous lesquels est placée la cérémonie d’ouverture, ce 08/08/2008, à 8 heures, pourraient ne servir à rien.
Tout a été fait pour assurer l’ordre, au service d’un slogan : « Un monde, un rêve », la devise un peu orwellienne censée traduire l’idéal olympique.Les officiels chinois en ont fourni l’explication, dans un do- cument digne de la propagande soviétique des années de guerre froide : « Cet idéal manifeste la ferme conviction d’une grande nation qui, forte de sa civilisation vieille de 5 000 ans, et avec ses pas de géant vers la modernisation, se consacre au développement dans la paix, à l’harmonie sociale et au bonheur du peuple. »
Cette profession de foi manifeste,en termes choisis, la nouvelle ambition de la Chine communiste, la fin de ses “timidités”en matière internationale, à la mesure de sa puissance affirmée sans complexe : « Cet idéal exprime aussi la voix du coeur des 1,3 milliard de Chinois de contribuer à la création d’un monde pacifique et meilleur. » L’avertissement est souriant. Il signifie au monde que la Chine, longtemps humiliée et isolée,n’hésite plus à sortir de ses frontières pour défendre ses intérêts stratégiques. C’est nouveau. Après l’affirmation du système communiste, de 1949 à 1976 (sous Mao Zedong), succéda un quart de siècle (1976- 2002) de réformes économiques et de révisions idéologiques (Hua Guofeng puis Deng Xiaoping), période marquée par le printemps avorté de 1989 (la crise de la place Tianan men).