27 Juin 2008 - Homosexualité
L'Eglise anglicane en quête d'unité
Monde | Source :
Courrier International | Lu 637 fois | 8 votes
La conférence de Lambeth, qui doit réunir le mois prochain les évêques et archevêques de la Communion anglicane, est menacée par sa frange conservatrice. Objet du litige : l'attitude à adopter envers les gays.
Connectez-vous sur le site officiel de la conférence de Lambeth, et vous y trouverez une horloge numérique marquant les secondes restantes avant l'ouverture de la conférence de 2008, qui se tiendra à Canterbury du 16 juillet au 4 août. Mais l'horloge ne sert pas uniquement à informer les 800 évêques qui y sont conviés, c'est aussi un compte à rebours pour l'avenir de la Communion anglicane.
A Jérusalem, cette semaine, 280 évêques anglicans ont sabordé la conférence de Lambeth en organisant leur propre rencontre. Tout risque donc de se jouer dans les prochaines semaines : on saura enfin si on peut toujours considérer la Communion comme un ensemble viable et significatif d'Eglises et de croyants. Le dénouement de ce processus affectera l'ensemble des quarante-quatre Eglises qui forment la Communion, et risque également d'influencer l'avenir de l'Eglise d'Angleterre – historiquement la plus influente des quarante-quatre, mais elle-même divisée sur plusieurs des questions qui déchirent la Communion. Tout ce qui pourrait ressembler à un schisme ou à une rupture au sein de l'Eglise établie aurait de profondes conséquences pour le pays, sur le plan tant religieux que constitutionnel.
Nous n'en sommes pas encore là. Mais cela nous rappelle ce qui est en jeu. La Communion anglicane a toujours été un exemple de tolérance et de respect de l'autre. Ses évêques ont toujours joui d'une certaine indépendance dans leur propre diocèse. Les conférences, qui ont lieu tous les dix ans, sont des espaces de discussion et de prière, pas des séances parlementaires. Elles représentent l'incarnation d'une culture d'harmonie cléricale plutôt que l'application d'une autorité quasi papale.
Mais les pressions sont de plus en plus fortes pour que l'on décide au lieu de réfléchir. A Jérusalem, le 22 juin, lors d'une conférence à laquelle assistait également l'évêque de Rochester, Michael Nazir-Ali, l'archevêque nigérian Peter Akinola a appelé l'Eglise à "condamner les erreurs qui nuisent à notre Communion", à cesser d'"acquiescer face aux diktats politiques et culturels destructeurs de la modernité" et à délivrer la Communion des "apostats". Lorsque, en raison de désaccords, d'importantes sections de la Communion ne peuvent même plus prendre place ensemble dans la même salle pour discuter – un mouvement pour le boycott de la Conférence de Lambeth s'est mis en place –, nous sommes en droit de nous interroger sur le bien-fondé de la préservation des liens qui unissaient autrefois étroitement les membres de la Communion anglicane. Dans ce cas, pourquoi chercher à maintenir la cohésion de l'organisation ?
Le conflit s'articule autour de la question du statut des individus ouvertement gays. Ces cinquante dernières années, dans plusieurs régions du monde y compris la nôtre, la société civile s'est défaite d'une longue tradition d'hostilité et de discrimination envers les homosexuels – et tout le monde s'en porte mieux. Maintenant, c'est au tour des Eglises d'abandonner cette tradition : certains revendiquent désormais l'élection de membres du clergé et d'évêques ouvertement gays et la bénédiction d'unions entre individus du même sexe. Par le passé, l'Eglise a réussi à éviter ces questions en les étouffant, mais il lui est aujourd'hui impossible de les ignorer plus longtemps.
Face à ces pressions, l'archevêque de Canterbury [et chef spirituel de la Communion], Rowan Williams, a bataillé ferme pour que son Eglise et le reste de la Communion restent en bons termes. Il s'agit là de l'une de ses missions – et ses efforts sont tout à fait honorables. Mais il semble évident que cela ne fait que remettre à plus tard une confrontation inévitable – et, en fin de compte, nécessaire. Contrairement à ce que pense l'archevêque Akinola, le Dr Williams n'a pas entraîné l'Eglise dans cette situation mais, maintenant qu'elle s'y trouve, il a la lourde responsabilité de l'en sortir – tranquillement et sans crainte. La question à laquelle se trouvent aujourd'hui confrontés les anglicans – et les autres groupes religieux – est de savoir si leur foi prône suffisamment l'amour de l'autre pour traiter les homosexuels comme des égaux.
Editorial
The Guardian
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