Il suffit que vous exprimiez un jour un côté de votre caractère jusqu'alors inconnu, comme une colère excessive, une réaction inattendue, une franchise à faire peur, pour que cela vous colle à la peau. Cet aspect-là peut même vous rendre légendaire ! Vous voilà catalogué. Maintenant vous êtes la colérique, l'impulsive ou le « mèl grain » de service pour la vie. Bref, parfois, ce n'est pas trop désagréable, et on vit quand même bien avec. Mais quand l'étiquette est vraiment sévère, difficile à porter, la souffrance engendrée peut alors être terrible. Et il faut bien l'avouer, on ne s'en rend pas toujours compte. Trop souvent, on minimise, on plaisante avec ça, on ne fait rien de mal et puis « il (ou elle) est tellement susceptible ». Et « VLAN », un autre écriteau !
Comme il est facile de rebaptiser quelqu'un de part son trait de caractère, un aspect de sa vie, et même plus grave encore, une particularité physique. La plupart du temps, ce n'est pas méchant, quand c'est le « fils à papa », le « fil de fer », ou encore la « girafe », la « coincée », ou la « paysanne ». Oui, mais parfois, c'est beaucoup plus décapant, critique, voir cruel comme la « vieille peau », le « débile », ou la « grosse ». Et c'est là que le bât blesse, et qu'il nous faut faire attention. Il y a des étiquettes, qui sont de véritables jugements, et auxquelles nous ne pouvons plus adhérer en tant que chrétiens.
Quand j'étais à l'Ecole Biblique, il y a quelques années déjà, nous nous étiquetions joyeusement entre étudiants. Il y avait les T.T.S. et les T.T.C., c'est-à-dire les Très Très Spirituels et les Très Très Charnels. Rien de très inquiétant me direz-vous ; oui c'est vrai, à part qu'il y avait tout de même de véritables clans basé sur le niveau de spiritualité de chacun. C'était à celui qui priait ou évangélisait le plus, ou celui qui prêchait ou témoignait le mieux. À bien y réfléchir, je ne sais pas quel clan jugeait ou critiquait le plus l'autre, mais la réalité était là, pas très « ragoûtante », c'est sûr, pour de futurs serviteurs et servantes de Dieu ! Nous sommes si prompts, nous les chrétiens, à nous cataloguer les uns les autres. Nous nous classifions, répertorions, trions, groupons, dissocions à volonté, et nous nous étonnons de ne pas vivre l'unité ? Laissez-moi plutôt vous raconter ceci :
« Deux frères dans la chair et la foi s'entendaient si bien qu'ils ne pouvaient s'empêcher, en se retrouvant côte à côte, dès que l'occasion se présentait, de faire le vide autour d'eux. Leur passe-temps favori était de tailler des costumes à tous ceux qui se trouvaient dans leur entourage. Au sein de leur union sacrée, rien ne semblait trouver grâce à leurs yeux, et les deux acolytes s'en donnaient à cœur joie. Leurs plaisanteries mi-figue, mi-raisin, à la sauce aigre-douce, avaient de quoi choquer la sensibilité de certains. Mais quand une de leur victime se vexait, ou réagissait difficilement devant leurs propos décapants, c'étaient eux alors qui inversaient la tendance en s'offusquant de leur manque d'humour. Les « il faut bien rire un peu », « vraiment t'es pas drôle » ou « ce n'est pas la fin du monde » fusaient. Du coup le souffre-douleur finissait même par se culpabiliser de sa réaction, et les deux frères se congratulaient d'une œillade ironique. Subtils, les « frérots » me direz-vous ? Le problème, c'est qu'on ne peut impunément se comporter de la sorte, et prétendre faire de l'humour. La vérité est que ces deux-là étaient bel et bien dans la moquerie, la dérision et la bêtise. Il faut savoir faire la différence quand nos propos font rire et quand ils blessent et dérangent ! Comment croyez-vous que ces deux offenseurs-là auraient réagi s'ils étaient eux-mêmes devenus un instant les offensés ?
Je dis souvent à mes deux garçons, « Ne fais pas à ton frère ce que tu n'as pas envie que l'on te fasse ». Si nous sentons, en lisant ces lignes, que nous devons rectifier le tir et cesser de cataloguer notre prochain, de mettre une étiquette à tout va comme on décerne des médailles, alors faisons-le sans tarder. Notre conscience doit nous rappeler à l'ordre quand nous allons trop loin. Ne portons pas juste l'étiquette de chrétien, mais soyons vrais. Veillons sur nos comportements, nos pensées, nos paroles et nos cœurs. Nous ne pouvons pas tout nous permettre, quand nous sommes enfants de Dieu.
« Heureux l'homme […] qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs. » Psaumes 1.1
Lydie GRIVALLIERS
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