22 Février 2008 - Actualité christianisme, société, religion
Interview de Steven Dixon, Directeur des éditions Farel : ‘’Il y a un manque de culture de l’écriture parmi les évangéliques français !’’
Par Paul Ohlott
France  |  Source : TopInfo  |  Lu 3039 fois  |  42 votes

 

En France, l’essor de la littérature protestante évangélique, doit beaucoup aux éditions FAREL, fondées en 1978, et qui fêtent cette année leur trentième anniversaire. Avec plus de 200 titres actuellement en catalogue et près d’une centaine d’auteurs, Farel est un acteur majeur d’un marché qui se porte assez bien, même s’il ne connaît pas un succès phénoménal.

A l’occasion de cet anniversaire, Steven Dixon, le Directeur des éditions Farel depuis 1999, se livre à un bilan riche en enseignements. Selon son constat, les plus grands lecteurs seraient les évangéliques de type charismatique, et le roman serait le genre le moins apprécié. Quant aux librairies destinées au lectorat luthéro-réformé, elles feraient plutôt pâle figure… Entretien.

Propos recueillis par Paul OHLOTT.

Paul Ohlott : Cette année, les éditions Farel fêtent leurs 30 ans. C'est donc une période propice au bilan, et il faut notamment se souvenir que les éditions étaient proches du dépôt de bilan dans les années 80. Alors, comment se porte aujourd'hui, le marché des livres protestants évangéliques ?

Steven Dixon : C’est un marché qui se porte relativement bien, tout en sachant quand même que les plus petites entreprises, que ce soient les éditeurs ou les libraires, connaissent toujours de grandes difficultés à financer l’activité. Ces dernières années, le marché a connu une certaine stabilité, mais il ne génère pas énormément de revenus. La croissance est faible et lente.

P.O. : Les éditions Farel viennent de déménager, est-ce synonyme de croissance et de développement ?

S.D. : C’est plutôt synonyme de changement de stratégie. Nous avons décidé de sous-traiter notre stockage et l’expédition par un autre acteur du marché, les éditions Excelsis, et ainsi de rationaliser nos dépenses. Cela nous permet d’envisager plus sereinement le travail éditorial et commercial, sans devoir assurer la logistique. Et nous pouvons désormais négocier des contrats plus intéressants avec un volume de chiffre d’affaire plus important.

 Ces dernières années, c’est surtout le créneau des livres sur le mariage, qui est porteur !  

P.O. : Allez-vous organiser des événements particuliers pour l'anniversaire des éditions ?

S.D. : Nous resterons relativement discrets à ce sujet. Nous parrainerons quelques activités au fil de l’année, comme des colloques par exemple, et nous diffuserons un dépliant spécial anniversaire lors du prochain Centre évangélique de Lognes, mais nous n’avons pas souhaité faire des dépenses trop importantes à cette occasion.

P.O. : Quelles sont les meilleures ventes enregistrées depuis le commencement des éditions Farel ?

S.D. : Depuis le commencement, je pense que le titre qui s’est le mieux vendu et que la plupart des évangéliques vont reconnaître, c’est «Si tu veux aller loin» de Ralph Shallis. Ce livre s’est vendu très régulièrement depuis la fin des années 60, avant même la création de Farel, et qui a ensuite été repris par Farel. Il a dû se vendre à 100.000 exemplaires, et il se vend toujours, car il répond aux questions de jeunes qui s’intéressent à la foi, et aux implications d’une foi active. Malgré l’âge du livre, on se rend compte que l’auteur a su formuler ses réponses pour que le contenu reste très actuel. Sinon, nous avons eu aussi un certain succès avec des produits pour enfants comme «Ma petite Bible», qui continue de se vendre depuis de nombreuses années. Et plus récemment, c’est surtout le créneau des livres sur le mariage, qui est porteur. Notre best-seller actuel est le livre de Gary Chapman «Les langages de l’amour». Depuis que nous l’avons publié, il y a une dizaine d’années maintenant, nous avons vu ses ventes augmenter chaque année, pour atteindre le palier de 12 à 15000 exemplaires par an. Il y a une demande constante pour cet ouvrage.

 

P.O. : A combien d’exemplaires, se vend en moyenne, un bon livre évangélique publié par Farel ?

S.D. : En général, si un livre s’écoule à 5000 exemplaires, sur trois à cinq ans, ça constitue une vente tout à fait correcte.

P.O. : Les évangéliques sont-ils de grands lecteurs ?

S.D. : On constate que parmi les églises évangéliques, et plus encore, parmi les évangéliques de type charismatique, il y a une plus grande facilité de lecture que dans les milieux luthéro-réformés. D’ailleurs, les libraires qui se spécialisent dans ce lectorat, peinent à promouvoir les ouvrages qu’ils proposent. Je ne dispose pas de statistiques très précises, mais en tous les cas, si le thème est suffisamment porteur, et que l’auteur est un intervenant apprécié et reconnu, les ventes se feront assez facilement.

 Il existe une réelle réticence vis-à-vis de la fiction chrétienne !  

P.O. : Vous parlez de thèmes plus ou moins porteurs… Alors, en ce début du 21ème siècle, quels sont les sujets qui intéressent le plus les lecteurs évangéliques ?

 

S.D. : Je me suis rendu compte, en ce début du 21ème siècle, qu’il y a un intérêt majeur pour tous les livres qui proposent une réflexion sur les nouvelles formes de l’Eglise, ou sur une nouvelle manière de vivre sa foi et de la communiquer aux autres. C’est pourquoi, nous avons démarré une collection intitulée "Evangile @ notreculture.fr", qui a permis à quelques auteurs de lancer des idées qui ont été reprises par les églises.

Sinon, il y a toujours un fort attrait pour les ouvrages qui répondent aux questions de souffrances immédiates, qui concernent le quotidien des chrétiens. Les souffrances d’un mauvais mariage, mais aussi, les questions relatives à l’éducation des enfants. Bref, tout ce qui touche à la famille. Et bien sûr, nous vendons beaucoup de livres sur les thèmes assez typiques de la vie chrétienne, du genre : Comment améliorer sa vie de prière, Comment discerner la volonté de Dieu,…etc.

P.O. : Il semblerait que certains genres, comme le roman par exemple, ne connaissent pas un fort engouement dans les milieux évangéliques…

S.D. : Sans doute, le roman est le genre où nous connaissons le moins de résultat probant. Malheureusement. Nous avons eu l’occasion de travailler avec plusieurs auteurs de grands talents, mais ils n’ont pas été reconnus par le lectorat. Je pense que cela est le fruit d’un fort à priori. Il existe une réelle réticence vis-à-vis de la fiction chrétienne, malgré quelques rares exceptions.

P.O. : Il y a peut-être une préférence pour les témoignages, le vécu… ?

S.D. : Concernant les témoignages, le succès est assez variable. Certains se vendent très bien. D’autres, pas du tout. Et c’est très difficile pour les éditeurs de savoir ce qui va connaître un succès ou non. Néanmoins, il est vrai que les récits qui n’ont pas l’étiquette de la fiction, fonctionnent beaucoup mieux.

 Il y a un manque de culture de l’écriture parmi les évangéliques…  

P.O. : Chez Farel, quelle est la part des productions françaises et celle des traductions d'ouvrages étrangers ?

S.D. : Actuellement, dans les nouveautés que nous proposons, on arrive à une égalité parfaite entre les productions françaises et les traductions d’ouvrages étrangers.

P.O. : Est-ce qu’il y a un manque d’auteurs évangéliques français ? Et les auteurs étrangers suscitent-ils davantage de ventes ?

S.D. : Je pense qu’il y a un manque de culture de l’écriture parmi les évangéliques français. Nous avons quelques individus qui ont beaucoup de choses intéressantes à apporter aux églises, mais souvent, ils n’ont pas le réflexe de le faire par la plume… Concernant les ventes, entre un auteur étranger et un auteur français, tous deux peu connus, nous sommes confrontés à la même difficulté. La seule différence, c’est qu’un auteur français peut se rendre plus facilement disponible pour animer des conférences, et ainsi faire la promotion de son ouvrage. Maintenant, quand nous traduisons des auteurs anglophones connus, leur nom va générer une vente assez intéressante.

P.O. : Dans votre blog, vous parlez du Cybook ou encore du Kindle, et vous ne semblez pas spécialement inquiet de l’essor du e-learning. Pour vous, le livre papier possède encore de belles années devant lui ?

S.D. : Oui, il n’y a pas de raison que le support papier disparaisse. D’autant que la technologie évoluant, nous avons des tirages de moins en moins onéreux. Par contre, ces supports modernes privilégieront les ouvrages de références ou les livres nécessitant une réactualisation régulière. En tous les cas, à mon avis, la plupart des livres papiers ont encore de beaux jours devant eux. A terme, j’envisage une réelle complémentarité entre ces deux supports.

Ecouter le FlashInfo : Extraits de l'interview de Steven Dixon

Voir le nouveau site des éditions Farel

 

 
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