30 Mai 2007 - Insolite
Google, ''Big Brother''
Monde | Source :
Le Monde | Lu 1034 fois | 45 votes
Dix ans après leur émergence - les ventes de téléphones portables ont décollé en France à partir de 1996, et Google a vu le jour en 1998 -, les nouvelles technologies de l'information continuent de poser des problèmes d'éthique aux gouvernements et aux opinions publiques.
Un comité d'experts conseillant l'Union européenne vient d'écrire au moteur de recherche Google pour lui reprocher de conserver les données sur les recherches effectuées par les internautes dans une période allant de 18 à 24 mois. Google, qui croyait faire figure de bon élève en annonçant, en mars, une limite à sa période de conservation, se retrouve donc dans le collimateur des autorités bruxelloises, qui reconnaissent s'en être prises à cette entreprise en raison de sa notoriété.
Deux ans, c'est trop, estiment ces experts, au nombre desquels figure la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) française. On ne peut que se féliciter de cette mise en garde publique, qui vise à protéger les libertés individuelles. Malheureusement, elle est en contradiction avec d'autres décisions. Une directive communautaire sur la conservation des données exige que les opérateurs téléphoniques et les fournisseurs d'accès à Internet gardent toutes les données de connexion de leurs abonnés entre six mois et deux ans, pour que la police puisse les utiliser si elle le juge utile. En France, ce délai est d'un an.
Par ailleurs, en France, le Conseil d'Etat vient de donner tort à la CNIL et raison aux sociétés d'auteurs et de producteurs. Celles-ci vont pouvoir mettre en place un dispositif de détection automatisé des utilisateurs des réseaux peer to peer de téléchargement de fichiers musicaux. La CNIL estimait qu'une collecte massive des données personnelles des adeptes du peer to peer était injustifiée. Elle a été désavouée.
La situation est donc la suivante : la police, la justice et les professionnels cherchent à garder les données personnelles le plus longtemps possible. En revanche, les associations de consommateurs et les garants des libertés individuelles mettent en garde contre les dangers de voir se profiler la société de "Big Brother".
Il est vrai que certains projets de Google sont inquiétants. En dépensant récemment plus de 3 milliards de dollars pour acquérir DoubleClick, leader de la publicité en ligne, Google ne cache pas ses ambitions : pister les internautes pour vendre leurs adresses aux annonceurs.
L'entreprise va même plus loin. Elle a tout récemment investi 4 millions de dollars dans une société de biotechnologie, 23andMe, dont l'objectif est de permettre aux internautes d'acquérir plus d'informations sur leur patrimoine génétique. Eric Schmidt, le patron de Google, le reconnaît : son entreprise "n'en sait pas assez sur vous". Il n'est pas interdit de penser exactement le contraire.
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